L’avenir des relations presse


Ce matin j’ai passé un entretien pour mon stage de fin d’année. Cet entretien concernait un poste d’assistante attachée de presse.

J’ai déjà eu l’occasion de travailler dans les relations presse, et je peux dire que c’est un milieu qui est à mille lieux (ah! ah! Sympa le jeu de mot ^^) de ce à quoi on peut penser.

Il s’agit véritablement d’un travail complexe, éxigeant une connaissance pointue des médias (dans leur globalité), des leurs acteurs et de leurs enjeux. Cet un métier qui éxige un sens du relationnel fort, une polyvalence et une adaptabilité à toute épreuve ainsi qu’une forte réactivité. Je n’introduis cette discipline que dans ses grandes lignes, car n’y étant pas imprégnée au quotidien, je ne saurais en parler mieux qu’un(e) chargé(e) de relations presse professionnel(le).

Lors de mon entretien, le recruteur m’a posé une question, à laquelle j’étais ravie de pouvoir répondre. Comme quoi il est vraiment important d’avoir une solide culture générale, – d’autant plus lorsque l’on se forme à des métiers comme la communication, où chaque jour en voit évoluer les pratiques et les enjeux – puisque l’on m’a demandé ce que je pensais du rôle que joue et que jouera à l’avenir le journaliste dans notre démarche RP.

Ah! Ah! Belle colle, hein? Pas pour moi. :-) J’étais même inspirée. J’avais lu la veille un article sur le sujet, qui m’a rappelé une expérience que j’ai moi-même vécu. Ma réponse fut la suivante:

Le journaliste, la presse de manière générale, bénéficie d’un crédit dont je suppose, les entreprises privées, voire mêmes publiques, ne bénéficieront jamais. Tout simplement de par leur raison d’être, à savoir générer un chiffre d’affaire, donc vendre. Et pour vendre, il faut séduire. Et la séduction, on – j’entend le grand public, nous, en somme – ne s’y trompe plus aussi facilement. Comme je l’ai répété à plusieurs reprises au cours des précédents billets, aujourd’hui ce que le lectorat, puisque je vous parle de presse, mais également le consommateur potentiel plus généralement, ce qu’il attend c’est une vérité, une transparence. On veut lui vendre tel ou tel produit, certes, nous sommes dans une économie marchande, ainsi va le « bon fonctionnement » de l’économie, mais cessons de lui faire miroiter X bénéfices qu’il n’obtiendra jamais, ou rarement.

Ce crédit est donc une valeur forte, une valeur sûre dont bénéficie la griffe journalistique. Puisque la raison d’être du journalisme est bien la quête de la vérité. Et c’est ce dont nous usons, nous les communicants chargés de relations presse. Nous tentons de faire passer une information sans aucun attrait publicitaire. Il s’agit d’une information à l’état pur, par laquelle on sait que le journaliste peut être intéressé, car son lectorat lui-même peut s’y intéresser. Il s’agit bien entendu de faire parler de l’entreprise que l’on représente, mais de manière objective et pertinente. Le chargé de relations presse n’a pas d’impact sur le contenu de l’article que produira le journaliste, il est libre de traiter cette information comme il le souhaite.

Notre rôle n’est donc pas de déguiser une information et de la vendre à un support quelqu’il soit, mais bien de convaincre un journaliste bien spécifique de l’intérêt de cette information. Le chargé de relations presse est une source d’informations parmi d’autres. C’est pourquoi sa relation avec le journaliste doit être la plus honnête possible, afin qu’il y ait un réel rapport gagnant-gagnant.

Aujourd’hui, la multiplication et la fragmentation des supports, des sources et des media (chaque émetteur d’information devenant media), ainsi que les changements profonds que cela engendre, tendent à modifier le caractère « sacré » des relations RP/journalistes.

Parmis ces changements profonds, et c’est le sujet de cet article, la dépendance pour leur survie des supports (journaux, sites Internet) à la publicité. Les ressources d’un journal ou d’un magazine proviennent essentiellement de la publicité et des ventes. On comprend donc l’urgence qu’on les régies à vendre de l’espace publicitaire au détriment du rédactionnel journalistique.

Le problème que cela soulève, c’est lorsqu’un commercial d’un support démarche un annonceur pour lui proposer d’acheter de l’espace parce qu’un dossier à paraître correspond à son offre produit/service, et que donc c’est une bonne opportunité de visibilité. Et que l’entreprise en question rétorque qu’elle a bien assez d’informations pertinentes pouvant intéresser les journalistes sans avoir payer d’espace. Et au commercial de rétorquer à son tour que la presse est en péril à cause de ce genre de comportements.

Bon d’accord, un commercial est un commercial, peut-être n’a t-il pas compris l’enjeu même des relations presse. Mais bon. C’est limite.

J’ai moi-même été confrontée à cette réaction. Je présentais mon info au journaliste d’un petit journal local qui m’a soudainement demandé si j’avais l’intention d’acheter de la publicité. Sur le coup, loin de ce genre de considérations à l’époque, je n’ai pas compris. Je lui ai expliqué ma position (stagiaire) et il a pris le temps de m’expliquer que les relations presse fonctionnent mieux lorsque l’entreprise en question (moi) a acheté ou a l’intention d’acheter de l’espace publicitaire. Parce qu’ils sont bien gentils les journalistes, mais ils doivent vivre. C’était l’idée.

Alors oui, certes, c’est une question majeure que le financement d’un journal si l’on ne travaille que sur de l’information pure. Mais, la réaction de ces journalistes et commerciaux est inacceptable. Elle remet en question les fondements mêmes de la déontologie du journalisme, qui veut qu’il ne soit pas rémunéré en fonction de l’orientation de son papier – pour telle ou telle entreprise qui investira le plus – mais uniquement sur la qualité de son rédactionnel et le respect d’une ligne éditoriale donnée à laquelle il adhére lorsqu’il intègre une rédaction. Cela remet en cause la droiture, et donc la valeur des supports qui confondent publicité et information, ainsi que la confiance que peut accorder le grand public à ces medias qui deviennent alors d’énièmes panneaux d’affichages déguisés en rédactionnels.

Cela remet également en question l’avenir des relations presse comme on les connaît, puisque l’on peut envisager que les entreprises qui signeront le plus de chèque au support se verront mises en première ligne, au détriment de celles qui oeuvrent dans le respect à la fois de la déontologie des relations presse, mais aussi et surtout dans le respect du grand public.

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